Témoignage : la crise sanitaire vue par Chimie Pékin

Anouk Galtayries, directrice française, et Van Bao Ta, directeur-adjoint français, assurent la direction française de l’Institut franco-chinois Chimie Pékin (BUCT – Paris Curie Engineering School). 

Comment avez-vous vécu cette crise en Chine ?

La crise a démarré à un moment où le pays s’apprêtait à passer le Nouvel An chinois. La situation sanitaire locale s’est rapidement dégradée dans l’ensemble de la Chine et la municipalité de Pékin a vu apparaître alors plusieurs clusters. Il régnait une certaine tension dans la ville. Les premières semaines de confinement ont été dignes d’un film de science-fiction avec des rues, habituellement bondées, totalement vides. Des mesures de contrôle strictes et contraignantes ont alors été mises en place. À la mi-février 2019, la vie a commencé à reprendre timidement mais, nous avons dû nous rendre à l’évidence : il était impossible de rouvrir notre institut, Chimie Pékin, aux dates initialement prévues (17 février).

Comment la crise a-t-elle été gérée vis-à-vis des élèves ?

Dès lors que la rentrée des élèves en présentiel a été reportée sine die, nous avons tout de suite informé nos étudiants de la mise en place d’un enseignement en ligne. L’université a soutenu cette démarche et a alors mis à disposition tous les outils nécessaires pour la bonne organisation de ces cours.

Malgré des contraintes techniques liées à la dispersion des élèves sur toutes la Chine et des professeurs dont certains étaient bloqués en France, notre équipe d’enseignants a immédiatement répondu présente pour adapter ses contenus pédagogiques à un enseignement à distance et synchrone.

Les élèves ont su se familiariser avec ces nouveaux outils et ces nouvelles méthodes, ce qui leur a permis au final de ne pas cumuler de retard par rapport aux programmes. Aujourd’hui, nous pouvons dire que certains élèves ont même bénéficié de la disponibilité à volonté des enregistrements de cours. Nous voyons de belles validations des acquis, parmi les bons étudiants et les étudiants travailleurs, mais bien sûr d’autres n’ont pas réussi à s’organiser et se sont aussi lassés. Les professeurs ont été remarquables : sans préavis, ils ont assuré 4 mois d’enseignement à distance à raison de plusieurs interventions par semaine dans chaque discipline.

Nous pouvons aussi mentionner une expérience libre très fructueuse pour les deux parties qui a été l’instauration de séquences hebdomadaires d’échanges directs entre élèves : étudiants-ingénieurs en 2A de Chimie ParisTech, disponibles pendant que leur stage ne pouvait démarrer, et étudiants de Chimie Pékin. Cela a été l’occasion d’échanges multiculturels fructueux, en français via téléconférence et partages d’écran.

Quels principaux outils ont été utilisés ?

Dès le début de la crise, l’équipe de direction de Chimie Pékin s’est tournée vers un enseignement en ligne : nous avons fait appel à des solutions de visioconférence de masse et de stockage en « cloud ».

Deux types d’enseignement ont été mis en place : des cours en ligne (avec capsules vidéos) et des cours-téléconférences en direct. Dans le premier cas, nos professeurs mettent à disposition des étudiants les ressources pédagogiques (vidéos, polycopiés, formulaires de questions de cours, exercices, etc.). Des créneaux spécifiques ont été ensuite réservés pour permettre aux étudiants de poser des questions et d’effectuer des travaux dirigés. La deuxième solution, quant à elle, consiste à enseigner le cours en direct comme en présentiel.

Cette crise est-elle finie pour vous ?

La crise n’est malheureusement pas terminée. La situation sanitaire s’est améliorée un temps avec le retour des équipes administratives dans les locaux de l’université, mais le retour à la normale n’est pas total et le semestre vient de se terminer en distanciel pour tous à nouveau en raison de l’apparition de clusters à Pékin.

L’enseignement et les évaluations en ligne viennent de se terminer, l’année scolaire universitaire est réaménagée par l’université : pause estivale de 4-5 semaines pour répondre à l’essoufflement tangible et compréhensible de nos étudiants et reprise pour 2 semaines à la mi-août en présentiel si possible. Nous allons aussi devoir gérer des problématiques de ressources humaines : retour du collègue agrégé chimiste bloqué en France, arrivée de France des 2 nouveaux professeurs agrégés, mobilité des professeurs français présents en Chine mais dans d’autres provinces (1 professeur agrégé, 2 professeurs FLE), tout cela est très difficile, dans un contexte international contraint. Mais l’un des points positifs de ces dernières semaines de travail, c’est que l’institut savait travailler à distance et n’a cessé de le faire : nous avons recruté de nouveaux professeurs chinois bilingues : professeure de chimie, professeure de mathématiques, chercheure post-doc/ATER en chimie, professeure de FLE. Confinés ou déconfinés, Chinois ou Français, le travail de construction du cycle ingénieur avec le groupe de coordination des écoles FGL s’est déroulé efficacement et l’agrandissement de notre équipe n’a pas cessé et n’a pas subi de modifications de programmation. Nous pourrions dire en résumé que toute l’équipe de direction et administrative, française et chinoise, s’est parfaitement adaptée à cette crise.

Quelles actions sont prévues la prochaine rentrée ?

Nos équipes sont effectivement déjà mobilisées pour la préparation de la rentrée prochaine. Nous savons déjà que cette rentrée va être particulière et contrainte. Il reste beaucoup d’incertitudes notamment sur le retour de nos étudiants, le recrutement de la nouvelle promotion, l’ouverture de l’université, l’ouverture des frontières, etc. À ces défis s’ajoute le défi de l’ouverture de notre cycle ingénieurs en septembre prochain et l’accueil de nos 4 premiers professeurs en missions courtes (flying professeurs) venant des écoles FGL et donc de France.

Il nous faudra faire preuve de beaucoup de flexibilité et d’adaptation.

Quels enseignements tirez-vous de cette crise ?

Malgré les difficultés, cette crise a montré notre capacité à nous adapter et à trouver des solutions toujours plus innovantes pour notre enseignement en langue étrangère pour les étudiants. Notre direction est déjà habituée à fonctionner à distance, et il n’y a donc eu aucun temps d’adaptation pour travailler. Nous avons pu mettre en place des groupes de discussions qui permettaient d’évacuer un peu la tension de la situation : la parole a pu circuler à défaut des personnes ! C’est une grande force que d’être présent et actif dans les deux pays simultanément et de couvrir des journées de 17h de travail ! Ce qui est déjà en place en temps normaux (dialogue avec les institutions, les candidats, les collègues enseignants, le consortium français des écoles de la FGL, l’administration de Chimie ParisTech, qui coordonne, les entreprises françaises et internationales, etc.), a continué à fonctionner dans ce contexte inattendu.

Elle a aussi permis de réaffirmer la forte volonté des écoles françaises fondatrices du projet au bon développement de Chimie Pékin, dans le cadre de la FGL, de ParisTech et de PSL. Nous travaillons tous dans la même direction et c’est ce qui nous a rendus très efficaces. En fait, nous travaillons au présent mais aussi pour le futur immédiat et plus lointain, crise sanitaire ou non, et c’est très motivant.

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Sur le site internet de ParisTech, partenaire de l’Institut franco-chinois Chimie Pékin :

« Comment apprendre à distance dans une langue étrangère ? » Ronan Feneux, enseignant à Chimie Pékin, partage son expérience 

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